Art de la Guerre : Tsun, Clausewitz et Toffler

Sun Tsu ; l’Art de la Guerre

« La violence est donc un outil dont dispose la politique pour arriver à ses fins. Généralement elle n’est qu’un dernier recours dans le cadre d’une stratégie plus globale …

Toute campagne guerrière doit être réglée sur le semblant ; feignez le désordre, ne manquez jamais d’offrir un appât à l’ennemi pour le leurrer, simulez l’infériorité pour encourager son arrogance, sachez attiser son courroux pour mieux le plonger dans la confusion : sa convoitise le lancera sur vous pour s’y briser…

Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, tu vaincras cent fois sans péril…

Toute guerre est fondée sur la tromperie. L’art suprême de la guerre, c’est soumettre l’ennemi sans combattre», Sun Tsu

 

Le totalitarisme, c’est la violence interne et la guerre externe qui devient une fatalité vitale, systémique et organique pour survivre, se conserver et même prospérer !

Pour cela, la guerre est devenue un ‘art de la guerre’ dans le plus vieux traité de guerre; celui de Sun Tsu[i].

« La guerre est une affaire d’une importance vitale pour l’état, la province de la vie et de la mort, la voie qui mène à la survie ou à l’anéantissement. Il est indispensable de l’étudier à fond. », Sun Tsu

L’Art de la guerre de Tsun enseigne l’art de gagner la guerre sans la faire avec la ruse de la subversion. On parlera alors plutôt de l’Art de la subversion.

Selon Sunzi, la connaissance de l’autre (l’ennemi) est essentielle à la victoire. Le daimyo de Satsuma, cite Sunzi parlant à ses Samouraïs en 1856 :

« En ce temps ou la défense contre les barbares se révèle d’importance cruciale, il est de votre devoir de coopérer pour étudier la situation dans les pays étrangers. Ainsi pourrons-nous adopter ce qu’ils ont de bon pour compenser nos insuffisances, renforcer notre puissance militaire et dompter les nations barbares ».

Voici les 13 stratégies de l’Art de la guerre;

  1. Évaluation : Cinq facteurs déterminent l’issue de la guerre : « la Doctrine » (le Tao) ; « le Ciel » (le climat) ; « la Terre » (la topographie) ; « le Général » (qualités du dirigeant) ; « la Discipline » (gestion des ressources humaines et matériels).
  2. Engagement: optimiser les coûts matériels et humains.
  3. Propositions de la victoire et de la défaite: savoir les circonstances, s’il faut combattre, quand combattre, comment combattre et quand s’arrêter.
  4. Disposition des moyens: savoir quand avancer et reculer,
  5. De la contenance: distinction entre ce qui doit être fait en secret et ce qui doit être exécuté ouvertement.
  6. Du plein et du vide: connaitre les ouvertures que l’ennemi créé, le champ de bataille est fluide.
  7. De l’affrontement direct et indirect connaissance de l’environnement et de l’ennemi
  8. Neuf changements: changer la formation de son armée, la situation, à aller ou venir, à attaquer ou défendre, à agir ou se tenir en repos. Les dangers à éviter : ardeur devant la mort, conserver la vie, la colère, l’orgueil, amabilité avec ses soldats.
  9. Distribution des moyens: situations dans lesquelles se fait la progression en territoire ennemi, changements de circonstances, évaluation des intentions de l’ennemi.
  10. Topographie: Les trois types de lieux où établir son campement pour avoir l’avantage et les six manières de tromper ou d’être trompé qui découlent de ces positions.
  11. Des neuf sortes de terrains:

– lieux de dispersion, (à la frontière des positions ennemies)

– lieux légers (avancés derrière les lignes ennemis)

– lieux disputés (à prendre ou défendre face à l’ennemi)

– lieux de réunion (zones de repli)

– lieux pleins et unis (utilisation par les deux armées)

– lieux à plusieurs issues (à la jonction de plusieurs États)

– lieux importants (stratégique situés en territoire ennemi)

– lieux gâtés ou détruits (difficilement praticables) ;

– lieux de mort (zones de danger critique).

  1. L’art d’attaquer par le feu : utiliser des projectiles incendiaires, brûler les hommes, les provisions, les arsenaux,
  2. Concorde et discorde: espionnage et semer les discordes.

 

Clausewitz; la Guerre comme prolongement du politique

« Toute chose est simple dans la guerre mais la chose la plus simple est compliquée… Je vais procéder du simple au complexe. Mais dans la guerre, plus que dans n’importe quel autre  sujet, nous devons regarder la nature de la totalité; car ici plus que n’importe où, la partie et l’ensemble doivent toujours être pensée ensemble. »,  Clausewitz

Carl Philipp Gottlieb von Clausewitz (1780-1831) est un officier général et théoricien militaire prussien qui nous a laissé un livre classique, ‘De la Guerre’, devenu une bible pour les stratèges aux USA après la guerre du Vietnam. ‘La guerre’ de Clausewitz a été adoptée dans la formation militaire au :

– Naval War College en 1976, à l’Air War College en 1978 et à l’Army War College en 1981.

– Le manuel Warfighting (1989) du Corps des Marines est un mélange de la Guerre de Clausewitz avec l’Art de la guerre de Sun Tzu. Il a été commandé par le capitaine John Schmitt sous la direction du général Alfred M. Gray.

Clausewitz, dans son ouvrage classique « sur la guerre« [ii], a démontré l’interrelation entre la guerre et la politique. :

« La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens. La guerre est un acte de violence dont l’objectif est de contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté »

L’état social de l’humain est la guerre et non pas la politique qui n’est que la continuation de la guerre. La politique veut convaincre l’ennemi à exécuter notre volonté sans besoin de guerre.  La politique est un acte de volonté et de soumission.

Clausewitz explique la problématique entre :

– la passion déraisonnable des gens

– les incidences de la guerre.

– la politique de l’état qui joue le rôle de levier entre ces deux extrêmes et assure donc la cybernétique de la guerre.

L’interaction, entre passion, politique et guerre est un art qui oblige le politicien à être un stratège et un militaire à la fois.

Clausewitz va dresser six types de guerre : idéale, réelle, limitée, totale, absolue et surtout la guerre pour abattre la volonté de se battre de l’opposant.

Clausewitz va essayer de rapprocher la théorie de la pratique sans grand succès. Il a prévenu contre le réductionnisme. Pourtant, il croit qu’il est possible de planifier une guerre si les frictions (incertitudes) sont maitrisées. Il pensait pouvoir intégrer et gérer les perturbations.

Clausewitz parle de frictions[iii] ou brouillard de guerre qui sépare la conception-simulée de la réalité.

« Existe-t-il un lubrifiant qui pourra réduire cette abrasion? Un seul, que le commandant et son armée n’auront pas toujours à leur portée : l’expérience du combat », Clausewitz

Ces analyses sont confortées par la théorie du chaos où les conditions initiales et les perturbations jouent un rôle central dans l’évolution du système vers des possibilités imprédictibles, discontinues, instables et finalement chaotiques.

Clausewitz n’a jamais considéré la guerre comme une science exacte, car la science est pour lui dans la certitude, alors que la guerre est dans l’incertitude. Des illuminés vont essayer de mettre en équation mathématique les incertitudes ! Comment prendre en compte qualitativement l’histoire des événements, les effets moraux, la chance, les accidents… ?

La Guerre est faite par les militaires qui doivent être subordonnés au politique. La Guerre de Clausewitz n’est pas un traité de politique de la guerre ou un instrument rationnel de politique, mais un art sur la conduite de la guerre.

Sun Tzu et Clausewitz parlent tous les deux de la destruction de la VOLONTÉ de l’ennemi. Sun Tzu et Clausewitz sont complémentaires dans leur analyse. Sun Tzu veut gagner la guerre sans verser de sang avec surtout la tromperie, alors que Clausewitz veut gérer la guerre dans ses incertitudes (frictions). Les deux stratèges veulent gagner la guerre par la Puissance de l’armée et de la stratégie !

Ils oublient que la Volonté est la vraie Puissance. Elle ne peut venir d’une idéologie, mais d’une conscience !

 

Toffler : Guerre Futuriste Perpétuelle

« Examiner comment et dans quelle mesure nous nous adaptons au futur … au lieu de se révolter contre le futur … il (l’être) doit le prévoir et le modeler », Alvin Toffler, « Choc du Futur » (1974)

Dans « les nouveaux pouvoirs », Toffler (1990) nous informe que le pouvoir est passé par trois phases ; hier la Violence, aujourd’hui la Richesse et demain le Savoir.

« Les analphabètes du 21e siècle ne seront pas ceux qui ne savent ni lire ni écrire, mais ceux qui ne savent pas apprendre, désapprendre et réapprendre », Alvin Toffler

Ces phases correspondent aux trois révolutions :

– agricole : terre et travail agricole sont les bases.

– industrielle : machinisation, pétrole, acier, automobile

– connaissance : les données, l’information, les images, les symboles, la culture, l’idéologie, mécanisation agricole

La première est intervenue il y a dix mille ans, avec la révolution agricole. La deuxième, il y a trois siècles, avec la révolution industrielle. A présent, depuis le milieu des années 50, la troisième commence à apparaître.

La connaissance est dans les technologies que Toffler va prédire : internet, génétique, consommation, travail…

« La technologie de pointe et les systèmes d’information permettent à une grande partie du travail de la société d’être effectuée à domicile via des connexions informatiques-télécommunications », Alvin Toffler

Toffler a l’esprit guerrier en s’inspirant de Trotski qui pensa que la guerre est  une fatalité indépassable.

« Peut-être la guerre ne vous intéresse pas, mais la guerre s’intéresse à vous », Trotski

Dans les futurs Chocs[iv], il va plus loin, il parle de livrant des contre-guerres par la connaissance pour pouvoir garder toujours une supériorité sur l’ennemi.

 

Pour saisir le futur, Toffler voyage dans le monde en interviewant des généraux, scientifiques, entrepreneurs, et politiciens pour savoir leurs idées sur le futur. Toffler devrait plutôt parler aux morts pour comprendre la guerre.

On ne peut faire de prédiction par l’extrapolation ou le modelage « fine tuning », car il ne s’agit pas de systèmes (systémique, structure, réseau, …), mais d’organismes vivants.

Dans « Guerre et Contre guerre » (1993), Toffler réalise que l’adaptation ne peut assurer la survie dans la mutation. Il veut alors non plus prévoir, mais construire l’avenir !

La vision de Toffler est simpliste. TOUT change pour que Rien ne change : que le système conserve sa primauté.

Toffler veut utiliser son savoir pour conseiller le Département de Défense dans « une révolution dans l’art de la guerre ». Il veut préparer les GI à gagner leur prochaine « guerre de troisième vague » grâce à son Savoir futuriste basée sur une « vison stratégique ambitieuse ». Toffler avait une influence politique et économique qui va de Mikhail Gorbachev, Zhao Ziyang à Carlos Slim.

Certes, le monopole du savoir donne le monopole du de la puissance. Mais, rien n’assure ce monopole. Dans l’histoire, le savoir change de main. Les discours « savants » de Toffler ne peuvent venir à bout des milliards d’Autres discours tout aussi savants. La Chine, la Russie jusqu’à l’Iran ont déjà des ripostes inimaginables. Ce ne sont pas des débiles terroristes télécommandées, mais des intelligences humaines.

Le prédateur peut devenir un jour une proie ! Est-ce Toffler conçoit qu’il peut perdre et être lui aussi détruit par l’Autre ? Non, évidement.  L’insolence fantasme même de remporter la victoire sans livrer de bataille (Sun Tzu). « Une nouvelle forme de paix » sans « effusion de sang » est un fantasme hollywoodien, car il faut bien payer la facture salée un jour.

Le Savoir est au service du Pouvoir (Politique, Militaire, Économique…) depuis Sun Tzu, Machiavel, Clausewitz… Vendre la guerre est plus lucratif que prêcher la paix. Toffler, comme la majorité des penseurs est au service de la Puissance de son État. Il a une ‘conscience nationale’. Un penseur conscient doit servir la conscience de l’humanité et non pas être au service de la puissance d’un État-Impérial.

[i]        SUN TSU, L’art de la guerre, traduction de l’anglais par Francis Wang, préface et introduction par Samuel B. Griffith , Éditions Flammarion, coll. « Champs » 1978

[ii]       A. Beyerchen, Clausewitz, Nonlinearity, and the Unpredictability of War, International Security, 1992

[iii]       Barry D. Watts, Clausewitzian Friction and Future War, http://www.ndu.edu/ndu/inss/macnair/mcnair52/m52cont.html

[iv]       – Alvin Toffler, Powershift; Knowledge, Wealth, and Violence at the Edge of the 21st Century, Bantam Books, New York, 1990.

– Alvin Toffler, Future Shock, Random House, New York, 1970.

Benmohammed, Chaomain, Totalitarisme : État, Empire et Endurance
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