Éducation de Masse : Embrigadement de masse
« Le problème n’est pas que vous n’ayez pas été éduqué. Le problème est que vous avez été éduqué juste assez pour croire ce qu’on vous a enseigné, mais pas assez pour remettre en cause tout ce qu’on vous a dit. », Edgar Morin, La Méthode
Le nouveau totalitarisme se fait maintenant surtout par une violence sucrée (entre le dur et le doux) : La Séduction de l’Éducation, de la Culture et de la Technologie qui vont élever le citoyen dans un idéal et un espoir d’émancipation.
Le pouvoir moderne n’est plus fondé sur la violence primitive, mais sur une violence douce qui est celle de la richesse et de la connaissance. La connaissance assure aussi la richesse. Elle permet au pouvoir de régner sans besoin de violence avec l’agrément du peuple qui va se battre pour la survie du pouvoir en pensant que c’est pour la sienne. La violence n’a pas disparu, elle est juste reléguée derrière la scène toujours prête à intervenir si la violence douce ne suffit pas.
La soumission du peuple s’est faite au début à la religion que personne ne pouvait désobéir. Après la décapitation de la religion, le peuple a changé de maitre. Il ne peut plus remettre en question l’autorité de l’État. Finalement, L’État s’est soumis au Capitalisme qui est devenue la nouvelle divinité.
La religion a laissé la place à l’éducation qui cultive l’obéissance de la crèche à l’université pour formatter un citoyen adapté aux besoins du marché libéral.
« Il ne faut pas d’éducation, à bas la science !… il y’a une chose qui manque dans le monde : l’obéissance. Le désir, nous le tuerons : Nous lançons l’alcoolisme, les argots, les mouchards; nous lancerons une débauche inouïe », Dostoïevski
L’Éducation de masse sert à massifier, standardiser et formatter les citoyens dans un citoyen modèle pour :
– former les individus par des formations nécessaires à leur métier et donc à servir de nouveaux esclaves du Capitalisme.
– embrigader la masse pour qu’elle assimile l’Histoire, l’État et la Nation. Honorer sa Nation, c’est honorer son État !
L’histoire qui nous est enseignée par notre éducation est remplie de construction et de déconstruction de la mémoire. Les écoliers des pays socialistes apprennent que l’histoire est celle de la lutte des classes et qu’il faut donc détruire le capitaliste pour avoir la justice. Les écoliers des pays capitalistes apprennent que le communisme tue la liberté individuelle et qu’il faut donc détruire le socialisme pour avoir la liberté.
La mémoire collective et nourrie par une mémoire historique qui est ravitaillée par des commémorations, des musées, des traditions et des valeurs nationales communes.
Combien d’histoires ont été ensevelies dans des fosses communes et oubliées et falsifiées. Le bourreau devient une victime et la victime un bourreau, le traître un héros et le héros un traître. Le puissant vainqueur écrit une histoire valeureuse.
Dans l’histoire, les critères d’appartenance étaient ethniques, communautaires ou religieuse. Elles étaient juridiques comme chez les romains ou religieux chez les Juifs.
Les institutions éducatives sont devenues des champs d’embrigadement de masse par des maitres à qui on fait confiance : instituteurs, sociologues, philosophes, historiens …
Les maitres sont les nouveaux prêtres mafieux des croisades pour évangéliser les spectateurs pour un nouveau siècle de plaisirs sadiques. Les spectateurs savourent les génocides chez les autres nations diabolisées. Les victimes naissent avec le devoir plus que le droit de sang : non plus celui du père, mais celui du génocide de toute une nation.
Les maitres sont bien conscients de la falsification. Leur objet n’est pas d’être objectif, mais d’éduquer les masses dans la soumission par des idées, des concepts et des paradigmes.
Les citoyens n’ont aucune compétence critique pour aller effectuer des recherches pour maitriser la complexité du savoir. Sans critique, le citoyen devient une poubelle de la pensée.
L’État s’identifie à un État-nationale. L’identité qui devait être celle de l’humanité va se vaporiser dans une identité nationaliste sectaire. L’éducation est la culture de l’ignorance de soi : identité, sens et finalité, pour un embrigadement de masse.
La question est qui sommes-nous et non pas qui suis-je. Qui sommes-nous en tant qu’humain et non pas en tant que citoyen. L’éducation devaient répondre à ces questions sur notre grande histoire humaine : origine, sens et finalité !
Culture de Masse : Diabolisation et Divinisation
“The ideas of the ruling class are in every epoch the ruling ideas”, Karl Marx, the German Ideology
En plus de l’éducation de masse, l’État contrôle aussi les institutions de culture de masses par le financement, la médiatisation et la programmation. Ceci lui permet de cultiver l’esprit et donc de contrôler ses rapports humains[i] avec des identités idéologiques sectaires : patriotisme, nationalisme, socialisme, communisme, libéralisme, humanisme…
L’Identité plurielle (sociale, politique, régionale, ethnique, religieuse…) se corrompt dans une culture identitaire-nationale qui nous fixe et nous sépare des autres. L’Identité est confrontée aux défis d’inclusion et d’exclusions : migration, urbanisation, recompositions, transculturalité, mondialisation …
La Culture formate les citoyens dans l’obéissance au pouvoir : le père, le maitre, la communauté et l’État. On apprend la divinisation de notre nation et la diabolisation des autres. La Culture cultive le citoyen comme on cultive les plantes ou les animaux. Elle permet la cohésion d’une société par la haine contre un ennemi diabolique héréditaire et historique.
La culture est une idéologie qui aveugle l’esprit dans un vase clos pour lui enlever toute raison critique. Elle concerne les croyances, les morales et les coutumes acquises par l’individu dans un terroir clôturé avec une seule devise : les Bons, c’est nous et les Barbares, c’est les autres. La culture sombre dans des valeurs qui ne peuvent donner un solide ligament à l’Humanité.
C’est au nom du Bien qu’on a fait du Mal, au nom de la Vie qu’on tue et au nom de la Civilisation qu’on barbarise.
« Le mal n’est pas une addition accidentelle à l’histoire de l’humanité, dont on pourrait se débarrasser facilement, il est lié à notre identité même ; pour l’écarter, il faut changer d’espèce. ». Todorov Tzvetan
Le nazisme est le point culminant des doctrines « identitaires » génocidaires basées sur la race (indice céphalique, taille, Dolichocéphalie, couleur des yeux, etc.).
Même si le fascisme a disparu, les résidus de ses démons sont partout. Ils sont immortels. Ils viennent de la nuit des temps. Ils nous habitent et ils ressurgissent tout le temps.
La culture de masse est transmise par l’école à travers l’Éducation, la culture et l’édition de livres. Elle a envahi les masses-médias et les réseaux sociaux. Le Pouvoir contrôle l’opinion non pas par la censure, mais par une sélection rigoureuse des informations, des sources, et des interprétations par des spécialistes médiatiques attitrés. Cela crée une illusion de liberté d’expression tout en orientant le débat dans des limites par des élites ‘intellectuels’.
Pour diriger ces débats, on fait appel à des journalistes transformés en intellectuel. Le cas de Camus journaliste montre comment se fait la manufacture d’un ‘intellectuel’ qui consciemment ou inconsciemment produit des justifications idéologiques pour le pouvoir et contre la résistance.
« Quand un écrivain s’engage dans la politique, il doit le faire en tant que citoyen, en tant qu’être humain, et non pas en tant qu’écrivain. », Orwel
Huxley démontre comment les intellectuels du pouvoir utilisent des outils cognitifs : abstractions, ambiguïtés, et métaphores pour éviter une confrontation avec la réalité. Cela donne une illusion de protection émotionnelle pour le citoyen.
« Nous protégeons notre esprit par un système élaboré d’abstractions, d’ambiguïtés, de métaphores et de comparaisons de la réalité que nous ne souhaitons pas connaître clairement ; nous nous mentons à nous-mêmes afin de conserver l’excuse de l’ignorance, l’alibi de la stupidité et de l’incompréhension, qui nous permet de continuer en toute bonne conscience à commettre et à tolérer les crimes les plus monstrueux. », Aldous Huxley, L’Olivier et autres essais
Cette auto-illusion est une stratégie pour :
– Justifier notre inaction face aux injustices ou aux crimes.
– Éviter une dissonance cognitive (le malaise ressenti lorsqu’il y a un conflit entre nos actions ou inactions et nos valeurs).
– Maintenir une bonne conscience et échapper à la culpabilité.
– L’ignorance volontaire devient un refuge. Ce n’est pas une ignorance innocente, mais une ignorance cultivée pour préserver un confort psychologique.
Technologie de Masse : Les GAFAM et les Sept Magnifiques
« Nous avons choisi d’investir notre argent et notre confiance dans un cadre mathématique exempt de politique et d’erreurs humaines. », Tyler Winklevoss, entrepreneur
Le nouveau totalitarisme nous plonge dans les mythes anciens de la caverne de Platon et du labyrinthe d’Icare. La caverne et le labyrinthe sont institués par les institutions politiques, économiques, éducatives, culturelles, scientifiques…
Nos territoires, sont des labyrinthes et des cavernes qui nous empêchent de voir la lumière céleste. La Modernité nous plonge dans une nouvelle caverne avec un nouveau labyrinthe : l’Internet que nous devons décrypter pour nous sortir du gouffre terrestre vers la Lumière céleste.
L’Interne est la caverne d’Ali Baba de l’information. L’information et la communication furent depuis la nuit des temps des valeurs d’émancipation et de cohabitation, mais aussi de dispute et de confrontation, car elles sont le champ où s’affirme la puissance de la connaissance.
C’est avec la Seconde Guerre mondiale qu’a vraiment commencé la science de l’information et de la communication avec le début de l’encodage comme arme de guerre avec Typex, Sigaba, Purple, et Enigma des Allemands qui a été décodé par Alan Turing. Les nouvelles guerres se sont ensuite déplacées dans le nouveau monde virtuel : le cyber.
L’internet permet une relation entre les individus pour s’organiser et vivre autrement. L’État a compris le danger pour son pouvoir. Il contrôle, pour le moment, l’internet avec les GAFAM qui nous surveillent, contrôlent et manipulent.
– Google a le monopole de la recherche, il peut privilégier une information, une culture et une connaissance à une autre.
– Apple possède nos cellulaires. Il donne la clé au FBI pour nous localiser et nous surveiller même si notre téléphone est fermé.
– Facebook connait plus de choses sur notre intimité que nous-mêmes puisque nous y livrons notre vie privée volontairement.
– Amazone : Il a le monopole du commerce en ligne et donc de la richesse économique.
– Microsoft : il est dans 70% des systèmes d’exploitation des ordinateurs qui contrôlent l’âme des ordinateurs.
On peut étendre la liste des GAFAM au « Sept Magnifiques » qui sont un groupe d’entreprises performantes et influentes du marché boursier américain : Alphabet, Amazon, Apple, Tesla, Meta Platforms, Microsoft et NVIDIA.
Ces sept entreprises sont reconnues pour leur domination du marché, leur impact technologique et leur influence sur le comportement des consommateurs et les tendances économiques. Ils opèrent dans quatre secteurs clés : les services technologiques, les technologies électroniques, le commerce de détail et les biens de consommation dans les industries : logiciels, télécommunications, Internet, apps, vente en ligne, semi-conducteurs et véhicules automobiles.
Les monopoles technologiques ont deux défis :
– juridique : ils sont sous le joug des réglementations de l’État qui peuvent entraîner pour eux des répercussions financières et opérationnelles. Ils font l’objet d’enquêtes rigoureuses pour comportements monopolistiques. Pour le moment, il semble y avoir une complicité, mais avec le temps, les monopoles technologiques vont forcément mettre l’État sous leur joug.
– innovation : Ils doivent innover constamment pour conserver leur avantage concurrentiel. Ne pas s’adapter aux nouvelles technologies venant surtout de la Chine entraînent leurs fins.
Les nouveaux héros-guerriers sont des hackers qui code et décodent les virus. Le code existait depuis toujours : Hiéroglyphe des Égyptiens, Glyphes (Mayas), Linéaire B (Crète), Code de César (Rome), Carré de Polybe (Grèce). Ils ont évolué dans codes modernes : échange de clés Diffie-Hellman, chiffrement asymétrique, cryptographie post-quantique …
Le Pouvoir n’est plus dans le mot, le mythe, la croyance, l’idéologie. La modernité a évolué dans la science avec la mathématisation, physicalisation et machinisation pour échouer dans la digitalisation, algorithmique et IA.
La modernité avec sa raison, sa science, sa technologie et son progrès matériel est une régression, car elle laisse derrière la majeure partie de l’humanité dans la faim et la violence.
Toute connaissance est neutre dans sa forme objective, C’est le sujet qui peut en faire selon son intention. Ce n’est pas à la connaissance, la science et la technologie d’avoir conscience, mais aux scientifiques. La connaissance, quel que soit-elle, sans conscience cosmique, est une machine bestiale.
[i] M. Augé, Le Sens des Autres, Fayard, Paris, 1993.