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3  Doctrine : Contrat, Raison et  Éthique 

by Abdelmadjid Benmohammed
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3  Doctrine : Contrat, Raison et  Éthique

«  La ligne séparant le bien et le mal traverse chaque cœur humain. Et même dans les cœurs submergés par le mal, une petite tête de pont du bien est retenue. Et même dans le meilleur de tous les cœurs, il reste un petit coin de mal », Aleksandr Soljenitsyne, l’archipel du Goulag

« Toutes les institutions, toutes les organisations sociales, imposent un modèle aux gens et nuisent à leur individualité; il me semble surtout qu’ils nuisent à leur humanité… Il me semble qu’une chose est dans la nature de toutes les institutions, que ce soit à de bonnes fins, comme les collèges, les écoles et les hôpitaux, ou à des fins maléfiques, comme les prisons. Tout le monde dans une institution s’adapte continuellement à elle, et aux autres, alors que la gloire de l’humanité est qu’elle adapte son environnement à l’humanité, pas les êtres humains à leur environnement. », John Vaizey, Scènes de la vie institutionnelle

« Le temps viendra où le soleil ne brillera que sur les hommes libres qui ne connaissent pas d’autre maître que leur raison ; quand tyrans et esclaves, prêtres et leurs instruments stupides ou hypocrites, n’existeront que dans des œuvres d’histoire ou sur scène et quand nous ne penserons à eux que pour avoir pitié de leurs victimes et de leurs dupes… de nous maintenir dans un état de vigilance en pensant à leurs excès; et d’apprendre à reconnaître et ainsi détruire, par la force de la raison, les premières graines de la tyrannie et de la superstition. », Marquis de Condorcet, Sketch for a Historical Picture of the Human Mind

 

 

 

 

Contrat Social : Soumission contre la Sécurité

De la Tribu à l’État : Naissance du Contrat Social

« Comme tous les groupements politiques qui l’ont précédé, l’État consiste en un rapport de domination de l’homme par l’homme fondé sur le moyen de la violence légitime… Pour durer, toute domination doit faire naître et renforcer une croyance en sa légitimité. L’État, pour asseoir sa domination et la faire accepter aux gouvernés, doit exercer son  pouvoir  d’une  manière  qui  apparaisse juste et fondée, les gouvernés acceptant de lui abandonner le monopole de la violence légitime. », Max Weber

Les humains vivaient en société sans besoin de contrat. Durant les premiers temps, ils se sont assemblés dans des groupes pour des raisons de meilleure survie. Pour mieux survivre, certains groupes se sont séparé pour former de nouveaux terroirs. Seulement, ils étaient vulnérables devant d’autres groupes plus nombreux. Alors, ils ont fini par se rassembler pour obéir aux lois écologiques : prédation, diversité et dispersion dans la terre pour assurer leur autonomie.

Pour s’adapter et mieux survivre les autres groupes devenus plus nombreux, ils évoluèrent vers des groupes plus nombreux qui étaient en perpétuelles guerres.

Pour conserver leurs richesses, les hordes ont créé des territoires clos qui ont évolués dans des États en trois étapes :

1- un état de nature ou une société sans État : chaque individu vit dans la peur de ses semblables, craignant soit pour sa vie (Hobbes), soit pour ses biens (Locke).

2- les individus se parlent : ils se rassemblent et délibèrent pour trouver une solution à leur problème d’insécurité

3- contrat social : ils arrivent à la conclusion qu’il est plus raisonnable pour tous d’accepter la création d’une autorité politique qui détient le monopole de la violence et qui seule assurera la protection des biens et des personnes. L’État et le peuple font un contrat social.

La base du contrat social suppose que seul l’État doit organiser la société et que sans lui le chaos va régner. Ce contrat fonde le totalitarisme volontaire. La contrainte du fouet est dans les lois qui légitimise une nouvelle trinité : Prince-Dieu-Patrie.

La violence était inscrite dès le début dans une croyance incroyable, une ignorance cultivée, et une raison déraisonnable.

L’État est à l’image de son peuple. Un peuple cultivé ne peut se soumettre à un État inculte. Il fallait rendre le peuple inculte pour le faire ensuite accepter le contrat social. Ceci est le travail que vont faire les élites du pouvoir qui sont devenus nos maitres à penser en politique, philosophie et économie : Aristote, Hobbes, Locke, Rousseau, Machiavel, Hégel, Pareto, Nietzche, Smith, Marx… Ils ont érigé la légitimité :

1) théologique : obéir à une autorité ayant une volonté divine.

2) sociologique : obéir à des lois sociales qui nous civilisent.

3) élitiste : obéir à des élus dotés de qualités éminentes.

Avec le contrat social, la définition de la liberté s’est rétrécie dans une soumission aux lois qui règlent toute notre vie publique et la vie privée. Certes que la liberté a un fardeau : la responsabilité : ma liberté est liée à celle des autres. Seulement, si nos choix s’opposent, je peux me retrouver dans une minorité qui subit la majorité. Une majorité qui est une masse prise dans ses passions, aveuglée par l’intérêt personnel, et qui a sacrifié son propre jugement à la pression de l’opinion publique.

Dans le contrat, l’État stipule que le citoyen doit démontrer sa loyauté envers l’État qui en contre-parti promet de lui assurer la survie : sécurité, travail, libido et divertissement !

Le contrat veut être la meilleure façon raisonnable pour les humains de vivre ensemble en liberté et harmonie. C’est une tentative d’imposer le règne de la raison vertueuse par la force de la loi, mais en réalité par la loi de de la force. Aucune idée contraire ne doit subsister en dehors de celle des lois.

L’État fixe arbitrairement les règles du jeu et se donne le droit de les modifier en légiférant. Il dicte un contrat social et c’est le citoyen qui seul le signe. C’est un contrat de capitulation qui donne la règle, la loi et l’ordre de ce qui est permis et ce qui est interdit. L’État n’est pas tenu à respecter son contrat pour des raisons d’état : La sécurité nationale, mas en réalité sa propre sécurité. Le contrat n’existe que pour le peuple. L’État ne vous garantit aucune protection contre ses propres dérives.

Le contrat est surtout instrumentalisé pour justifier un pouvoir excessif ou des lois intrusives devant des menaces préfabriquées. Malgré les élections, au nom de la majorité, il a toujours servi une minorité.

 

Pour le Contrat Social : Hobbes, Locke et Rousseau

« Le plus grand succès de notre civilisation moderne est d’avoir su mettre au service de ses dirigeants une incomparable puissance d’illusion. », Georges Bernados

La théorie du contrat social, postule que la société naît d’un accord volontaire entre individus. Hobbes, Locke et Rousseau comme Hegel, Fichte et Marx ont tous soutenu un contrat social avec l’État dont ils acceptent l’autorité. Le contrat social est un contrat d’abdication de la volonté de l’individu.

Thomas Hobbes (1588-1679): Le Léviathan, 1651

Thomas Hobbes justifie la violence du pouvoir contre ses citoyens pour éviter une « guerre de tous contre tous ». Pour Hobbes, la civilisation ne peut fleurir que sous la protection d’un ordre politique puissant. Comme Machiavel. Il met la Puissance au centre d’un Pouvoir en faisant l’adéquation des moyens aux fins.

Hobbes affirme que sans un pouvoir puissant, l’homme est dans un état de violence qui empêche le progrès. Les individus, mus par la peur de la mort et le désir de conservation, s’unissent par un contrat pour transférer leur puissance individuelle à un souverain unique. L’obéissance est la contrepartie de la sécurité. Le souverain doit détenir un pouvoir absolu pour garantir la paix et la défense. Il doit avoir une puissance capable de dominer les intérêts individuels divergents et maintenir la cohésion sociale.

Hobbes écrit Power (en latin Potentia) qui veut dire le pouvoir physique. La Potestas, c’est ce qu’il a le droit de faire. Hobbes fait de la puissance, qu’il légalise, le carburant de la société. Ceci fait l’affaire de la bourgeoise qui va prendre en otage l’État et qui devient l’État par sa puissance économique.

 

John Locke (1632-1704) : Traité du gouvernement civil, 1690

Locke affirme que le contrat est nécessaire par les trois lacunes de l’État de nature : manque des lois, de juges et de pouvoir exécutif. Contrairement à Hobbes, Locke imagine un état de nature régi par la raison, où les hommes sont libres et égaux. Il affirme que les hommes possèdent des droits naturels (vie, liberté, propriété).

Le contrat social est créé par un État accepté par la majorité, pour protéger ces droits, et non pour les supprimer. Si l’État ne respecte pas son contrat, la propriété ou devient tyrannique, le peuple a le droit de le renverser.

« Il est certain que la fin d’une loi n’est pas d’abolir ou de restreindre la liberté, mais de la préserver et de l’augmenter », Locke

Rousseau (1712-1778) : Du contrat social, 1762

Contrairement è la pensée des supporters du contrat qui affirment que l’’homme est violent par nature et qu’il nécessite une soumission totale pour le civiliser et garantir la stabilité, Rousseau pense que l’homme naît bon dans la Nature, c’est justement la société et la propriété privée qui le corrompent.

« Tout est bon quand il quitte les mains du créateur, Tout dégénère dans les mains de l’homme ».

Rousseau croyait à un contrat social qui réconcilie la liberté personnelle avec l’intérêt général :

« Ainsi voilà l’espèce humaine divisée en troupeau de bétail dont chacun un chef qui le garde pour le dévorer. Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. »

Rousseau affirme que l’humain est né libre. Il n’est toutefois pas contre l’instauration d’un État-social. Il n’est pas contre le contrat social qui institue le pouvoir. Il a insisté juste sur le problème majeur de la représentativité directe du peuple par l’État. On n’a jamais pu trouver une représentation directe de la volonté individuelle à cause principalement du grand nombre de citoyens dans un État (par dizaines et centaines de millions).

Rousseau voulait réconcilier la liberté personnelle avec l’intérêt général en oubliant que cet intérêt général est impossible, car il est séquestré par l’État. La volonté générale est un totalitarisme. Il ne peut y avoir de coexistence ou de coévolution entre État-social et nature- humaine, car la civilisation carbure dans les ressources naturelles et humaines qu’elle détruit inconsciemment.

Rousseau voulait éduquer les hommes dans une Nature qui est un idéal éthique qui manque de conscience humaine.

 

Contre le Contrat Social : l’illégitimité du Contrat

« La soumission naît de la force initiale, qui devient une habitude, créant une obligation légitime aux yeux des citoyens par l’ancienneté de la possession.’, David hume Du contrat originel

En dehors de la violence qui impose sa volonté, le pouvoir de l’État repose sur 4 justifications pour se légitimiser :

1) théologique : obéissance à une autorité politique qui répond à la volonté de Dieu. Le système théologique et en général féodal. La faillite de la théologie est son incapacité à justifier l’ordre social face aux exigences rationnelles de la modernité. Il a été incapable de gérer la complexité de la société moderne. Il a perdu sa capacité à garantir la cohésion.

2) historique : obéissance à des lois qui sont particulières de leur mémoire, identité et valeurs. Elle échoue pour des raison de valeurs, mais en réalité quand elle ne peut plus assurer ses promesse : justice, impôt et ordre public.

3) élitiste : certains individus sont seuls dotés d’une qualité essentielle à l’exercice de l’autorité. Les élites (embourgeoisées) sont perçues comme éloignées des réalités populaires. Cette faillite devient celle des institutions et du gouvernement.

4) contrat social:  librement consenti entre les membres de la communauté. La faillite du contrat vient quand l’État ne remplit plus son contrat : lorsque l’entité étatique ne remplit plus sa mission : garant des libertés, de la sécurité et de l’égalité.

Le contrat social garantit l’ordre social à condition que la société obéisse à cet ordre. Dans le cas contraire, l’État a le droit légitime de la violence. Ce contrat est une abdication de la volonté de l’humain qui devient citoyen qui obéit aux lois pour avoir la survie plus que la paix. Les nouveaux émigrants intègrent leur nouvelle identité nationaliste en désintégrant leurs mémoires. Le dominé est plus violent lors de son transfert vers la domination contre sa propre communauté d’origine.

Les États modernes vivent maintenant avec un contrat social institué dans la constitution et que le peuple doit respecter comme les évangiles.  Le Contrat social a failli, car il a permis les abus du pouvoir qu’il n’a pu empêcher.

Plusieurs penseurs et pensées sont contre le contrat :

– David Hume (Empirisme) : Pour Hume, l’État a été fondée sur l’usurpation ou la conquête. La société ne naît pas d’un contrat, mais de l’habitude, de la nécessité et de l’utilité sociale.

– Marx (socialisme) : Il critique le contrat social comme une illusion bourgeoise. L’État ne protège pas un intérêt général, mais les intérêts de la classe dominante (bourgeoisie).

– Edmund Burke et Joseph de Maistre (conservateurs) : Ils s’opposent au rationalisme du contrat qui ignore la tradition. La société est perçue comme un héritage historique et divin. Contre la Révolution française, Ils professent un État théocratique, providentialiste et contre-révolutionnaire.

– Michael Huemer[i] : Il conteste l’acceptation de l’autorité, car jamais aucune personne n’a jamais réellement signé de contrat social. Huemer fait la différence entre pourvoir et autorité. Certes, les gouvernants ont le pouvoir, mais leur autorité est fondée sur une rationalisation en dehors de notre conscience humaine. In n’y a donc pas d’obligation générale d’obéir à la loi.

« Il n’y a pas de raison de penser qu’on poursuivra généralement mieux la justice en observant les lois existantes plutôt qu’en consultant sa propre conscience ». Huemer

– Lysander Spooner[ii] remet en cause le contrat comme un héritage divin è conserver. Il considère le contrat comme étant personnel entre les hommes vivants à une époque précise. Il s’oppose à Burke :

« La société est un contrat… Elle devient un partenariat non seulement entre ceux qui vivent, mais entre ceux qui vivent, ceux qui sont morts, et ceux qui vont naître. », Edmund Burke – Réflexions sur la Révolution de France

Pour Lysander, Le contrat ne peut engager les générations futures qui ne l’ont pas signé et qui le subissent !

« La Constitution n’a aucune autorité intrinsèque ou obligation juridique. Elle n’a d’autorité que comme contrat entre l’homme et l’homme. Et elle ne lie que ceux qui l’ont effectivement signée. Elle ne lie personne d’autre, car personne n’a le pouvoir naturel d’obliger ses enfants, ou la postérité, à respecter ses contrats. », Lysander Spooner

 

Raison d’État : La Nouvelle Divinité

Raison Sociale : Justification de l’Ordre Social

« Pas de société sans règles, pas de règles sans pouvoir. », Georges Burdeau

Le contrat social fonde une société par un ordre qu’il doit savoir justifier par une raison. La raison de l’existence de l’État est cultivée pour la faire reconnaitre, justifier et accepter.

La raison comme le contrat est relié à la constitution d’une association relié à l’ordre et la sécurité.

Ordre : La raison permet de surmonter le chaos de l’état de nature. Elle structure une organisation sociale juste et équitable.

– Sécurité : Le pacte social institue des institutions garantes de la sécurité et du respect des droit

L’association raisonnable affirme que la raison n’est pas :

– fondé sur la peur, mais par la rationalité.

– Le citoyen obéit librement aux lois qu’il s’est prescrites

Ces deux arguments sont faux, car

– La rationalité est fondé par la peur (Hobbs, Locke)

– le citoyen n’a jamais ni conçu ni signé ces raisons

Hegel définit l’humain par sa raison dialectique. L’État est la réalisation de la raison absolue fondée sur :

– faire peur au peuple sur sa sauvagerie naturelle.

« Le grand nombre est ce que l’on entend volontiers par peuple, et bien un être ensemble, mais seulement en tant que multitude – une masse informe dont le mouvement et l’ouvrage ne seraient par là même qu’élémentaires, irrationnels, sauvages et épouvantables.», Hegel

– démontrer la nécessité de l’État pour assurer la vie.

« L’État exige un centre commun, un monarque et une assemblée, où se trouvent réunis les différents pouvoirs, les rapports avec les puissances étrangères, la force militaire, les finances qui y correspondent, etc. ; un centre dont les dirigeants aient le pouvoir indispensable de s’affirmer et d’affirmer leurs décisions, de maintenir les différents éléments sous leur dépendance… L’humain doit son existence entière à l’État et n’existe seulement que dans son intérieur. Toute sa richesse et sa spiritualité, il la doit solennellement à la vertu de l’État …  c’est la marche de Dieu dans le monde qui fait que l’État existe  … C’est seulement dans l’État que l’humain a une existence rationnelle… La raison gouverne le monde et par conséquent gouverne et a gouverné l’histoire universelle … Tout ce qui est réel est rationnel, et tout ce qui est rationnel est réel. », Hegel

L’école du fatalisme historique de Hegel s’oppose à Rousseau en favorisant l’État à l’individu et à la nature. Hegel est le grand défenseur de l’État prussien tel que l’avait organisé le Grand Frédéric contre le courant de la Révolution française.

Dans ’Enquiry Concerning Political Justice, William Godwin affirme que la politique doit être fondée sur une moralité raisonnable grâce à la justice et au jugement personnel.

« À un être rationnel, il n’y a qu’une seule règle de conduite, la justice, et un seul mode d’établir cette règle, l’exercice de sa compréhension », William Godwin

Godwin oublie que la seule raison qui existe dans la réalité sociale est celle de l’État qui cultive cette raison au citoyen avec la culture et l’éducation. Il ne peut y avoir de règles raisonnables quand la raison est une relativité. Il n’existe pas de repère Galiléen de la raison. Durant la Révolution française, la république a permis à la raison vertueuse du nouveau pouvoir de devenir une Terreur et de décapiter l’opposant comme un traitre subversif. La raison est raisonnable si elle ne critique pas la raison d’État, car elle menacerait alors la stabilité sociale. L’appartenance à la raison sociale implique le renoncement au droit de penser différemment,

La raison d’État ne se base nullement sur la raison, la justice ou la loi, mais sur la volonté de puissance.

La volonté de Schopenhauer est liée à la souffrance, au désir et au manque de se reproduire, alors que Nietzsche lie sa volonté à la puissance, la domination et l’expansion. L’instinct du corps avec ses peurs et ses désirs réagit dans une violence qui se pense, s’intellectualise et se justifie. Cette volonté de puissance est reproduite dans toutes les relations sociales qui deviennent des relations de pouvoir.

 

 

 

Raison Politique : Limite de la raison d’État

« Et la pensée ne commencera que lorsque nous aurons appris que cette chose tant magnifiée depuis des siècles, la Raison, est l’ennemie la plus acharnée de la pensée. » Heidegger

La raison d’État met l’État au centre et non plus l’humain qui doit vivre selon cette raison et non pas selon les lois de sa Nature. La raison est fondée sur des mythes, des croyances et des éthiques qui ont permis à l’État de devenir dieu, la nature et l’humanisme. On nous enseigne que la démocratie est une raison qu’on peut améliorer par la critique. La réforme n’a jamais prouvé sa réussite malgré la bonne volonté.

« Nous devons participer au processus politique : nous présenter aux élections, parler à nos législateurs locaux, étatiques et fédéraux, faire des dons aux candidats qui se battront pour la classe ouvrière de ce pays. Nous devons créer de nouveaux canaux de communication et de partage d’informations. Nous devons faire du bénévolat non seulement sur le plan politique, mais aussi pour bâtir une communauté au niveau local. Tout ce que nous pouvons, nous le devons », Bernie Sanders

La réforme politique échoue pour diverses raisons: résistance des élites au pouvoir, manque de consensus, manque de continuité, pressions extérieures, absence de confiance, complexité des enjeux…

« Ah! Qu’importait au vieux misérable, crevant de faim sur ses haillons, que Mège renversât le ministère Barroux, et qu’un ministère Vignon arrivât au pouvoir! À ce train, il faudrait cent ans, deux cents ans, pour qu’il y eût du pain dans les soupentes où râlent les éclopés du travail, les vieilles bêtes de somme fourbues. Et, derrière Laveuve, c’était toute la misère, tout le peuple des déshérités et des pauvres qui agonisaient, qui demandaient justice, pendant que la Chambre, en grande séance, se passionnait pour savoir à qui la nation serait, et qui la dévorerait. La boue coulait à pleins bords, la plaie hideuse, saignante et dévorante, s’étalait impudemment, telle que le cancer qui ronge un organe, gagnant le cœur. Et quel dégoût, quelle nausée à ce spectacle…», Zola, Paris

La soumission utilise tout concept comme arme de destruction qui ne vient plus d’une contrainte externe répulsive, mais d’une culture, d’une éducation et d’une formation instruite dans des institutions éducatives de l’État Moderne cartésien. Le dressage démarre depuis la crèche jusqu’au cimetière.

L’État est responsable de la situation actuelle inhumaine. Il a créé les crises avec ses politiques prédatrices qui ont produit l’économie libérale, l’immigration des populations, le changement climatique et une technologie bestiale qui a produit la machinisation de l’humain et la biologisation de la machine.

La raison d’État est le principe au nom duquel un État s’autorise à violer la loi au nom d’un intérêt supérieur; L’État ! Ceci est une déraison ; un État de droit ne peut violer le droit ! La raison se veut une vérité totale indiscutable qui s’oppose violemment à la liberté du peuple en utilisant la légitimité de la raison d’État !

La modernité affirme qu’il est plus facile de rendre un homme raisonnable que bon. En réalité, la raison est un mythe qui se rationalise. La manie politique du philosophe est vouée au bavardage lorsque le philosophe veut saisir la métaphysique politique à partir de sa tour d’ivoire avec une raison irréaliste, boiteuse, honteuse, hystérique et plate !

Les philosophes n’ont jamais répondu « pratiquement » au problème de ces « raisons multiples déraisonnables ». Il n’y ’a aucune équation rationnelle qui donne UNE raison Multiple ! Il est impossible mathématiquement à ce que tous les Uns du multiple soient sommables ou identiques à l’Un total.

Si les maths ne peuvent résoudre ce dilemme, comment les philosophes osent-ils le faire ? S’ils ne peuvent le faire, de quel droit raisonnable doivent-ils juger le politique ? La majorité des philosophes (Platon, Aristote, Spinoza, Hegel, etc.…) ont affirmé une raison qu’ils savaient impossibles.

En réalité, le peuple ne se laisse gouverner par une raison qu’à condition qu’elle lui assure la survie.

La nature n’est ni une raison, ni une éthique et encore moins une justice. Si la politique obéissait à la nature, on n’aurait plus besoin de lois, de prisons et de gouvernants ! On sera libre lorsqu’on aura plus besoin de raison d’être soumis.

 

Raison de discourir : fin de la liberté d’agir

« Ceux qui suppriment la liberté le font toujours au nom de la loi et de l’ordre. », John V. Lindsay

La raison d’État veut déterminer le monde et donc la liberté de penser et d’être ! Elle veut vaincre par une raison boiteuse au lieu de convaincre avec un entendement sensible.

Le pouvoir avec sa raison d’état est fier d’etre le garant de la liberté d’expression ou plutôt celle de discourir. Il nous donne la liberté de penser, mais pas celle d’agir. Je ne peux être uniquement dans la pensée, je suis aussi dans l’existence et donc l’action. Je pense donc je suis selon Descartes.

Le Pouvoir favorise la pensée du philosophe qui ne fait que discourir dans les murs des universités et étalées dans les rayons de ses librairies.  La pensées complexe est un préalable essentiel à une action uniquement si elle sort de sa tanière.

Le pouvoir méprise l’action de résistance comme une brutalité. Une pensée sans action est une trahison. On ne doit pas laisser le destin de l’humanité aux sophistes qui parlent si bien la langue de bois, la langue du sacré et la langue du sorcier et qui nous divertissent dans la pensée pour la pensée. C’est la malédiction d’Écho !

Ces pensées vont se pervertir dans des discours infinis :

  • – le libéralisme : maximiser le bien-être du plus grand nombre.
  • – le communautarisme : respecter les droits des minorités.
  • – l’utilitarisme : favoriser la vertu et la bonne vie.

La pensée détachée prêche le renoncement à la réalité, au pouvoir et donc à la vie. La pensée va naviguer sans être perturbée par les tourbillons qui s’attachent et se détachent autour de ses ailes de désirs et de peurs. Il faut avoir un esprit aérodynamique pour échapper à ses traînées, ses froissements et ses frictions. La pensée va se cacher dans le mysticisme qui détache l’esprit du corps. Elle se fissionne dans un vide infini. Elle refuse la vie et le combat du monde en sortant de la réalité.

La Pensée est héritière de la nature humaine et donc du mystère, de la création et de l’univers. Elle est certes issue des autres, elle s’exerce certes au singulier et en toute liberté, mais elle a le devoir plus que le droit de revenir aux autres par le partage de la pensée et le courage de l’action !

La pensée est condamnée à agir pour s’exprimer, s’expérimenter et se matérialiser. Auguste de Villiers disait « j’ai trop pensé pour daigner agir ». Une pensée qui ne recherche pas l’action n’est qu’un désir pervers qui craint d’affronter sa justesse, sa raison et surtout sa conscience.

L’humain est une infinitude entre les choses, les plantes, les animaux, les démons et les dieux. Comment la raison peut-elle juger la singularité ? Comment juger chaque action alors qu’elles sont fondées sur des actions précédentes ?

On peut se poser des questions sur la pensée et l’action :

– Quel doit être le sens humain ; la sécurité, la survie, le pouvoir, la justice, la liberté, l’esthétique, l’éthique, …?

– comment concilier ls pensée singulière avec l’action plurielle ?

– avec quels critères devons-nous juger l’action et la pensée ?

– qui doit juger l’action et la pensée ?

L’action est soumise à un champ politique n’a autre sens que de produire de la puissance. Sans le sens humain, l’action sombre dans une folie meurtrière.

L’Humain n’a pas besoin d’une pensée de la puissance qui tue pour le pouvoir sur terre, mais de la Grandeur d’une impensée qui lui permet de continuer son sens et sa finalité.

Le destin humain est une exploration qui n’est ni à l’Est ni à l’Ouest et ni dans l’éthique ni dans la raison. Il n’est d’aucun lieu et d’aucun temps, car il est de tous les lieux et de tous les temps : Il est dans une conscience cosmique de l’univers inscrite plus profond de toi.

Les idées instruites dans les institutions totalitaires de l’État ont des fondations fragiles qui ne peuvent soutenir les Tsunamis de l’évolution. Elles ignorent la conscience cosmique qui caractérise l’humain plus que l’intelligence.

Pour penser le sens, la pensée doit être libre d’elle-même. Elle ne peut être soumise ni à la croyance ni à la raison ni à la machine. Elle ne peut être que dans un champ de conscience cosmique qui la relie à l’humanité et à la nature.

Dans ce champ cosmique vibratoire, il n’y’ a jamais de liberté totale. Il y’a seulement des degrés de libertés qui relient les humains les uns aux autres. S’il y’a peu de libertés, on vibre peu et on peut donc mourir dans le froid.  S’il y’a trop de libertés, on vibre trop et on peut donc mourir de chaleur. L’univers est accordé pour que la vie puisse vibrer justement.

Doctrines Politiques : Idéalismes et Idéologies

Idéalismes : La Cité idéal, les Élites et l’ordre mathématique

« C’est notre tâche, dis-je, à nous les fondateurs, que de contraindre les meilleurs à aller vers l’enseignement que précédemment nous avons déclaré être le plus important, à voir le bien et à accomplir cette ascension, et une fois qu’ils auront vu de manière satisfaisante, […] de ne pas redescendre auprès des prisonniers. », Platon

Le pouvoir a besoin d’un État pour exercer son autorité avec des idées et des croyances communes pour faire adhérer les citoyens à la société. II ne peut y avoir un corps social qui puisse subsister et prospérer sans idées, croyances et actions communes.  Toutes les idées proviennent d’opinions reçues sans critiques qui deviennent des croyances qui vont muter dans le temps pour finir dans des doctrines : des idéalismes qui cimentent nos sociétés et pour lesquelles on vie et on meurt !

Les doctrines s’exercent par la violence qui se justifie par des idées politiques devenues des vérités sacrées qu’on ne peut remettre en cause. On les respire comme l’air sans chercher à analyser cet air. Notre tragédie se retrouve dans le sacré qui est partout et qui nous pollue. On a évacué la religion, mais pas le sacré. Pour croire en toutes choses, il faut les sacraliser.

Les Grecs sont les inspirateurs des idées qui vont être sacralisées. Platon prônait le mirage d’un âge d’or de la Cité. Il voulait réconcilier la sagesse, la vertu et la gouvernance.

« Le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien ; le propre de l’injustice et de l’ignorance est de gouverner mal. », Platon

La Cité de Platon est décrite dans quatre formes :

  1. la cité véritable (alèthinè polis, cf. II 372) désigné par Socrate (République, livre II)
  2. la belle cité (la kallipolis ; VII 527c) désigné par Socrate (fin du livre II jusqu’au livre VIII).
  3. La cité juste et vertueuse (l’Athènes primitive) décrite au début du Timée (20 e-25 d) et dans le Critias, (Cr. 112 e)
  4. L’Atlantide.

La Cité est divisée en trois classes (âmes) :

– les producteur ou artisans correspondent à la tempérance

– les gardiens ou guerriers qui ont le courage,

– les chefs ou magistrats qui ont la sagesse pour gouverner.

La cité parfaite de Platon dans La République inaugure la division du travail d’Adam Smith : « On produit toutes choses en plus grand nombre, mieux et plus facilement, lorsque chacun, selon ses aptitudes et dans le temps convenable, se livre à un seul travail, étant dispensé de tous les autres ».

Platon considère la cité idéale régie par un idéal de sagesse, mais aussi un ordre mathématique. Il choisit le nombre 5040 de la population pour réguler la démographie. Reste è savoir qui des mathématiques ou de la sagesse doit gouverner ? On a ceux qui pensent que les mathématiques ont leur propre objet et ceux qui pensent qu’elles ont la noèsis (faculté d’atteindre la vérité). Aristote a une attitude intermédiaire.

« Outre les choses sensibles et les Idées, Platon admet qu’il existe les Choses mathématiques, qui sont des intermédiaires, différentes, d’une part, des objets sensibles, en ce qu’elles sont éternelles et immobiles, et, d’autre part, des Idées, en ce qu’elles sont une pluralité d’exemplaires semblables, tandis que l’idée est en elle-même, une réalité une, individuelle et singulière. », Aristote, Métaphysique

Platon inaugure le totalitarisme des élites éclairées qui décident seules du destin d’un peuple. Pareto nous explique comment les élites se maintiennent au pouvoir :

– Les « Renards » (la ruse) : Ils représentent l’audace, l’innovation et le changement. Ils gouvernent par la persuasion, la diplomatie, la ruse et parfois la manipulation financière ou politique. Ils sont souples, inventifs et n’hésitent pas à remettre en question les traditions pour trouver de nouvelles solutions.

– Les « Lions » (la force) : Ils représentent la conservation, la stabilité et l’autorité. Ils gouvernent par la force, la coercition et le respect strict des traditions et de la religion. Ils sont loyaux, courageux et apportent une structure solide à la société. Ils ne craignent pas d’utiliser la violence pour maintenir l’ordre.

La république grecque va s’éclipser et ressurgir avec l’humanisme, les lumières et la Révolution française qui vont établir le pouvoir par les élites scientifiques. La science matérielle machiniste devient la nouvelle doctrine sacrée.

 

Idéologies : Croyances devenues des Doctrines de soumission

« Il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt n’y en a point qui subsistent ainsi; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites. » Tocqueville, De la démocratie en Amérique

Tout système politique est constitué par des institutions fondées sur des Idéologies rationnalisées dont le seul objet est d’avoir une soumission volontaire des dominés. Ces idées sont plus puissantes que les armées.

« On résiste à l’invasion des armées; on ne résiste pas à l’invasion des idées », Victor Hugo, Histoire d’un Crime, La Chute, X

Tous les totalitarismes ont été avant tout des idéologies conceptualisées, rationalisées et cultivées par des philosophes-intellectuels sous formes de doctrines pour justifier les génocides des États et des Empires contre nous autres et contre toute résistance.

« Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires. », George Orwell

Les lumières ont utilisé la culture, la raison et la modernité pour inculper les doctrines d’asservissement. La lumière vous brule de l’intérieur. La Lumière tue de chaleur et l’ignorance de la froideur. L’infini effarent des idéalismes mystiques fait place au vide affreux des idéologies modernes.

La soumission du Corps vient par la soumission de l’Esprit par la culture et l’éducation que l’État va privatiser. Il va faire la promotion de formations courtes mais qui intègrent le marché ; création, gestion et exploitation des entreprises !

L’idéologie possède des formes multiples d’origine religieuses, culturelles, économiques, … Son objet est la prise de pouvoir ; le clergé utilise les idéalismes religieux et les capitalistes utilisent les idéologies économiques avec le nom pompeux de théories libérales. Les idéologies n’ont jamais pu concilier liberté, égalité, justice sociale, et éthique. L’idéologie totalitaire est alimentée par les plus grands humanistes qui se servent du sang et de la sueur es humains pour sa puissance.

Les révolutions françaises et russes ont pris la forme sublime des religions avec des valeurs absolues tout aussi sublimes. L’idéalisme du droit divin des rois va laisser place à l’idéologie du libéralisme économique de la bourgeoisie ou de la classe prolétaire. La séduction du libéralisme individuel est aussi dominatrice que la peur du socialisme communiste.

L’empire anglais va laisser mourir trois millions de Bengalis par la famine en 1943, année de record de récolte la plus abondante, car Churchill a refusé l’aide alimentaire. L’empire a vidé l’Inde de nourriture et de matières premières. Winston est un héros pour sa nation, mais un traitre pour l’humanité. Les idéologies sont dépourvues de toute conscience de l’humanité.

Les idéologies ne font que s’adapter brillamment aux entropies et aux résistances. Elles innovent maintenant avec la psychologie cybernétique, les technologies de propagande et d’endoctrinement, la consommation de masse, les réseaux sociaux et le marché mondial libre qui leur permettent la circulation des marchandises, mais aussi des idéologies.

Nous ne sommes tous que le produit historique de l’État ! Tout doit rester dans l’État, rien ne doit exister en dehors, et rien ne doit résister contre l’État. Toute résistance, violente ou cognitive, doit être éradiquée par tous les moyens.

Si l’on voit un arbre par ses fruits, on doit faire l’amer constat que l’État a produit toutes les idéologies totalitaires de l’histoire ; tyrannicides, absolutismes autocraties, césarismes, despotismes, esclavagismes, fascisme, communisme, capitalisme, guerres mondiales, Holocauste, dictatures, …

Le Chaos nait de l’effondrement des idées totalitaires qui fondent les institutions politiques qui ne peuvent s’adapter aux défis de la complexité politique, économique et sociale, car leur fondation manque de conscience humaine.

 

Doctrines : Discours populistes

« Le langage politique est conçu pour que les mensonges paraissent vrais et les meurtres respectables et pour donner à du vent l’apparence de la solidité. », G. Orwell.

La culture est intimement liée à l’impérialisme totalitaire. L’impérialisme influence la littérature, l’art et d’autres formes d’expression culturelle. La culture dominante est celle de la puissance dominante. Elle domine sur les anciennes colonies et façonne leurs identités. Le combat contre le totalitarisme devient un combat de la culture. La résistance se fait au niveau des artistes, des écrivains et des militants.  La résistance se fait par les artistes plus que par les intellectuels, car l’art ne ment pas au contraire des mots, des discours et des doctrines.

« Afin de conquérir la véritable égalité et la vraie démocratie dans l’intérêt des travailleurs, des ouvriers et des paysans, il faut commencer par enlever au capital la faculté de louer les écrivains, d’acheter et de corrompre des journaux et des maisons d’édition … Les capitalistes appellent liberté de la presse la faculté pour les riches de corrompre la presse, la faculté d’utiliser leurs richesses pour fabriquer et pour soutenir la soi-disant opinion publique. Les défenseurs de la « démocratie pure » sont en réalité une fois de plus des défenseurs du système vil et corrompu de la domination des riches sur l’instruction des masses ; ils sont ceux qui trompent le peuple et le détournent avec de belles phrases mensongères, de cette nécessité historique d’affranchir la presse de son assujettissement au capital. », Lénine

La politique est un métier et non plus une valeur. Elle est enseignée dans les grandes écoles dans une « administration de gestion et de bonne gouvernance » avec des cours de prise de décision, logique probabiliste, théorie des jeux, communication, médiatisation, leadership politique, … On y enseigne l’Art du pouvoir avec le Prince et l’Art de la guerre avec Sun Tzu. On enseigne tout sauf l’Humain, l’humanité et la Nature.

Les étudiants en Science Politiques vont trouver du travail comme fonctionnaires du pouvoir occulte qui les recrutent afin de gérer les peuples par des discours magiques qui vont divertir les masses dans le meilleur des mondes; progrès, opulence, marché…

Le politicien fait son « job » en entrepreneur comme le soudeur fait le sien. Il n’y’ a pas de place pour l’amour du prochain, de l’humanité ou de la vie en général. Le politicien ne répond plus à l’attente de l’humain. Il ne le fait plus rêver. Il s’occupe de la sécurité de son État et jamais de la liberté de son peuple. Il fait des promesses électorales jamais tenus !

Le politicien veut éduquer, sublimer et conduire le peuple vers la meute. Il a pour objet de « vendre » une cage en or en identifiant l’individu à un cheptel identitaire qui le sépare du reste de son humanité. Les citoyens atomisés se tuent et tuent pour rentrer dans cette cage de crasse avec ses néons.

« La politique est partout. On ne peut lui échapper en se réfugiant dans le royaume de l’art pour l’art et de la pensée pure pas plus d’ailleurs que dans celui de l’objectivité désintéressée ou de la théorie transcendantale. Les intellectuels sont de leur temps, dans le troupeau des hommes menés par la politique de représentation de masse qu’incarne l’industrie de l’information ou des médias ; ils ne peuvent lui résister qu’en contestant les images, les comptes rendus officiels ainsi que les justifications émanant du pouvoir et mise en circulation par des médias de plus en plus puissants », Edward W. Saïd, Des intellectuels et du pouvoir, Seuil, Paris, 1996

Le discours démagogue démontre que l’intellectuel ignore son sujet, il le camoufle avec des mots sublimes, des citations de maitres et des concepts incompréhensibles.

Le démagogue a sa carte magique : le débat identitaire à des fins électorales afin de réveiller les démons des haines passées. Il s’adresse à nos émotions, pulsions et frustrations.

Les prêtres guerriers habitent nos écrans et pavoisent dans des analyses éclectiques qui justifient la déraison bestiale de leurs employeurs avec des guerres justes pour la liberté. Ils jurent de défendre les intérêts de leurs concitoyens et promettent un programme économique prospère. En réalité, ce sont leurs intérêts et ceux de leurs sponsors qui dominent sans aucune conscience humaine en supposant qu’elle existe bien.

Les élites démagogues, au service de l’État, conceptualisent, justifient et poussent à la violence totalitaire qu’elle soit dure ou douce. Leurs doctrines ne tuent pas, mais poussent au meurtre des personnes innocentes qui ne se connaissent pas et qui n’ont aucun différend entre eux.

[i]       Michael Huemer et Daniel Layman (2022), Is Political Authority an Illusion ? A Debate, Routledge

[ii]        Lysander Spooner (1870), réédition 2020), No Treason, No. VI: The Constitution of No Authority

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