« L’humain n’a jamais été bon, ils ne sont pas bons et il ne le sera jamais ». Karl Barth, interview au Time (12/04/54)
La civilisation est une histoire de barbarie dont l’une de ses fondations est la religion. Devant la question du Mal, l’humain a voulu tempérer la Nature avec une culture de religion fondée sur les mythes cosmiques. La raison affirme que celui qui avance une affirmation porte la charge de la démontrer. La religion implique la charge de la preuve pour :
– Le croyant qui affirme que Dieu existe a la charge de justifier sa croyance.
– L’athée qui affirme que Dieu n’existe pas a la charge de justifier cette affirmation.
– L’agnostique, celui qui dit « je ne sais pas », n’a pas à prouver l’existence ou l’inexistence de Dieu ; il demande juste des preuves avant d’adhérer à une croyance.
Avec la Modernité, la religion s’est laïcisée. Elle porte le nom d’éthique civile. Elle est cultivée dans les institutions pour adoucir le citoyen dans la civilité. Elle est aussi et surtout instituée dans les réglementations poussant souvent les institutions à aller au-delà des obligations légales strictes.
Les valeurs ne sont pas un choix libre, malgré leurs apparences. Elles sont instituées dans des écoles et renforcée dans la loi par une élite au service du pouvoir local qui sont payés pour rallier les autres qui sont encore en dehors dans la neutralité, le détachement et surtout l’opposition.
L’État a pris en charge la religion du temps de la religion, mais aussi dans ce nouveau temps séculaire. L’État moderne a des valeurs à double vitesse :
– douce à l’intérieur : des lois qui prêche, des valeurs humaines.
– externes : une barbarie bestiale (génocide et exploitation). Il prétend même, comble de l’ironie, le rendre civilisé comme lui !
L’éthique est un idéalisme qui aveugle l’esprit dans un vase clos pour lui enlever toute raison critique. Elle est reliée aux coutumes acquises dans un terroir clôturé avec une seule devise : les Bons, c’est nous et les Barbares, c’est les autres. Cette éthique ne peut donner un solide ligament à l’Humanité.
L’État a tué Dieu pour devenir Dieu en imposant des lois comme Dieu imposait ses versets. Maintenant, C’est au nom du Bien qu’on a fait du Mal, au nom de la Vie qu’on tue et au nom de la Civilisation qu’on barbarise.
« Le mal n'est pas une addition accidentelle à l'histoire de l'humanité, dont on pourrait se débarrasser facilement, il est lié à notre identité même ; pour l'écarter, il faut changer d'espèce. ». Todorov Tzvetan
Les valeurs éthiques) sont une réduction perverse qui a un seul objet : Elle nous divinise et diabolise nos rivaux pour les tuer en bonne conscience non plus comme un droit mais comme un devoir. L’éthique utilise le mensonge au nom de la vérité, la guerre au nom de la paix et le Mal au nom du Bien. Le Bon est réduit à tout ce que l’individu désire et qui lui fait du Bien (nourriture, repas, loisirs…). Le Mauvais s’est réduit à tout ce que l’individu craint et qui lui fait du Mal (la faim, le chômage, la douleur…). Tout le reste (intégrité, respect, équité…) est de la littérature pour les naïfs.
On ne nait pas bon ou mauvais, soldat ou soudeur, on le devient par la culture locale du bercail qui nous formate avec la puissance de ses institutions éducatives et culturelles.
Matthieu Ricard, le bouddhiste tibétain, se transforme en philosophe, psychologue et neuroscientifique pour nous enseigner de nouvelles valeurs dites softs. Avec son livre, « plaidoyer pour l’altruisme et la force de la bienveillance », il veut motiver et étendre les valeurs d’altruisme : sacrifice, lucidité, compréhension, compassion, amour … Ricard parle d’empathie de l’autre pour sentir et éprouver de la compassion. En réalité, L’humain a besoin de justice, de liberté et de partage et non pas d’éthique, de compassion ou d’amour pervers.
Le mensonge des valeurs humanistes des Lumières aux gourous se convertit sans cesse dans de nouveaux masques plus séduisants pour rajeunir sa clientèle. On peut le voir dans tous ces mouvements pacifiques contre la guerre du Vietnam ; hippie, artiste, gourou indien…Les hippies vont finir par se convertir dans la Silicon Valley et la bourse qui devient la nouvelle valeur qu’on consulte chaque matin !
Si les valeurs ne sont plus effectives, c’est parce que leurs fondements est faible : il est celui de la culture étatique et non pas celui qui vient de la conscience humaine profonde.